ThÉories mÉdiÉvales de l'acte crÉatif

Concept (Concept english)  

Ce colloque a pour but d’examiner la perception et les conceptions du rôle de l’artiste (y compris de l’écrivain) et de l’acte de création artistique qui marquent la culture du Moyen Age. Dieu étant considéré comme le créateur par excellence, comment faut-il comprendre la créativité humaine ? Est-elle à l’image de la création divine ? Les réalisations artistiques de l’être humain participent-elles de l’acte créateur de Dieu ?
Ou, à l’inverse, faut-il envisager la création humaine comme une usurpation de la création divine, voire comme l’expression d’un orgueil qui conduirait à la production d’idoles et éloignerait l’homme de Dieu ?

Les écrivains et les artistes du Moyen Âge défendaient le plus souvent leur activité en faisant appel à la tradition, car pour la sensibilité médiévale une œuvre gagnait en crédibilité lorsqu’elle pouvait se prévaloir d’un lien avec des œuvres antérieures  déjà reconnues et acceptées. Pour cette raison, de nombreux artistes reproduisaient des compositions et réutilisaient les thèmes, les techniques, voire les couleurs des peintres qui les avaient précédés. Les philosophes avaient souvent recours aux autorités classiques de la tradition grecque et latine. Les poètes traduisaient et compilaient des textes latins ou en langue vernaculaire en prenant appui sur des chroniqueurs, des commentateurs ou d’autres poètes. Par ailleurs, certains artistes se réclamaient d’une justification divine de leurs œuvres : tel le cas de quelques femmes-artistes qui essayaient de contourner l’obstacle lié à leur condition féminine en présentant leurs œuvres comme le fruit d’une vision ou comme le produit d’une inspiration divine.

Or, d’une manière générale, on considère qu’au cours du Moyen Âge tardif on assiste à un changement de statut de l’artiste et de sa fonction. Alors qu’auparavant il demeurait le plus souvent anonyme et que son rôle était minimisé, l’artiste aurait progressivement fait l’objet d’une valorisation en rapport à ses compétences individuelles et à sa renommée : aussi dans le domaine de la peinture on fait toujours référence à Giotto pour l’innovation qu’il représente et, dans le domaine de la littérature, à Chaucer pour son activité à la fois de traducteur, de compilateur et de commentateur.
Les chercheurs ont-ils exagéré en proposant une telle image du Moyen Age tardif ? S’agit-il  d’une simplification excessive visant à revendiquer la valeur des artistes et de leurs créations pour mieux les inscrire dans la perspective des développements qui auront lieu à la Renaissance et aux débuts des temps modernes ? C’est à ces questions que le présent Colloque essayera de répondre.