Valentin Braekman, ass. sipl.
 

valentin.braekman (at) unifr.ch

 

Né en 1990, études de Philosophie et d’histoire aux Universités de Neuchâtel, Zürich et Fribourg (CH). Mémoire de Master en philosophie médiévale sur le sujet « Guillaume d’Ockham et la possibilité de vouloir le mal sub ratione mali ». Projet de doctorat depuis 2016 sous la direction de Prof. Dr. Suarez-Nani, avec un intérêt particulier pour les questions de méta-éthique et de philosophie du droit à la fin du Moyen Age et au début de l’époque moderne.

  Projet de thèse 
 

le concept de « vis obligandi » dans la scolastique tardive.

Description : Dans ma thèse, je m’intéresse à la réception du concept de « vis obligandi » dans la scolastique tardive (fin du XVIème siècle), en particulier chez Molina, Vázquez et Suárez. La vis obligandi est la force obligatoire des lois, la propriété que les lois possèdent d’obliger les sujets qui leur sont soumis. Au Moyen Âge, Thomas d’Aquin, entre autres, fixe les termes d’une définition de la loi : la « ratio legis ». Selon lui, la loi est avant tout une règle d’action produite par la raison et destinée à diriger correctement nos actes en vue de la fin (le bien commun). Conformément à la tradition théologique de son temps, Thomas distingue plusieurs types de loi : la loi éternelle, la loi naturelle, et la loi humaine. Elles ont toutes en commun la propriété d’être issues d’une raison : la loi éternelle est produite par la raison divine, la loi naturelle est découverte par la raison humaine, et la loi humaine est produite par la raison humaine. Dans le système thomasien, la force obligatoire est une propriété intrinsèque des lois naturelles : celles-ci ne souffrent aucune dispense. En revanche, la vis obligandi est une propriété extrinsèque des lois humaines. Ces dernières sont donc obligatoires seulement si elles sont justes et nulles si elles sont injustes. D’après Thomas, la loi humaine ne peut recevoir sa force obligatoire que de la loi naturelle dont elle dérive (et qui est elle-même une participation de la loi éternelle dans l’être humain), c’est-à-dire uniquement en tant qu’elle est produite par une raison droite (recta ratio). Les lois injustes ne sont pas obligatoires, car elles ne sont pas produites par une raison droite. Entre le XIII et le XVI siècle la théologie connaît de profondes mutations. Les théologiens scolastiques, notamment espagnols, seront majoritairement favorables à un retour au thomisme, notamment pour faire face à deux nouveaux courants : le protestantisme d’une part et la théologie nominaliste de l’autre. Néanmoins, la conception que les théologiens espagnols ont de la loi n’est pas sans être influencée par les trois cents ans d’histoire doctrinale qui les séparent de Thomas d’Aquin. Pour Suárez, par exemple, la loi n’est plus tant une règle qu’un précepte. La nuance paraît anodine, elle est pourtant très importante. La loi n’est plus conçue comme une simple émanation de l’essence divine, qui exprime la rationalité intrinsèque de l’homme fait à l’image de Dieu, mais comme le résultat d’un certain choix volontaire, un commandement du supérieur vers son inférieur. Les lois qui ne dérivent pas leur vis obligandi d’une volonté législative, comme cela semble être le cas de la loi naturelle, ne sont plus à strictement parler des lois. Une loi pour être une loi doit être imposée, et seule la volonté peut réaliser cette acte : la raison a rôle purement indicatif. Une nouvelle « ratio legis » voit le jour, qui, sous l’égide du thomisme, porte l’inéluctable emprunte du temps.