Contacts et échanges culturels au Moyen Âge

 
du 1 au 5 septembre 2014
 

Ces dix dernières années, les études médiévales se sont particulièrement intéressées aux différentes formes de communication interculturelle. Malgré les spécificités linguistiques, religieuses ou confessionnelles d’une population donnée, la recherche actuelle ne considère plus ses particularités comme des références identitaires uniques, mais plutôt comme des paramètres qui interagissent de façon dynamique au sein de réseaux complexes qui définissent la culture d’une population.

Traditionnellement, on utilisait plutôt le terme d’influence pour définir les relations interculturelles dans le cadre de la littérature, de l’art, de la philosophie ou de la religion. Ce terme d’„influence“, issu du vocabulaire de l’astrologie et de la médecine, véhicule une idée de passivité, de situation de dépendance non souhaitée et, partant, négative. La recherche des dernières années a par contre montré que toutes les sociétés du Moyen âge ont emprunté librement ou par nécessité des expressions d’autres cultures. Les différentes études portant sur les moyens de communication et les espaces de circulations, tels que les Alpes ou la Méditerranée, ont démontré que ceux-ci ouvraient de nouvelles perspectives, et ceci aussi bien sur le plan des échanges historiques que sur les manières particulières d’interagir, de conclure un accord ou d’opposer une résistance.
Les différents modèles qui sont liés à d’autres traditions ne sont pas repris, copiés ou imités de manière uniforme. Le choix des formes se fait en fonction de la valeur symbolique ou de sa portée fonctionnelle ; elles sont ensuite adaptées au contexte, puis modifiées, voire changées. On peut donc légitimement se poser la question de savoir pourquoi certains modèles et aspects sont adoptés, d’autres écartés ou même ignorés.

Les peintures religieuses byzantines ont été souvent imitées en Italie et en Allemagne. Cela s’explique par le fait que les icônes et les mosaïques orientales ont été perçues par les latins comme un reflet archaïque de l’ère apostolique. L’architecture byzantine sacrée et profane n’a pas soulevé le même genre d’intérêt. Par contre, le style de construction roman et gothique s’est développé depuis le XIIe siècle et a pu se répandre dans l’Orient méditerranéen, en Palestine, à Chypre et dans l’Égée, jusqu’à être utiliser, comme à Famagouste, dans des bâtiments associé au rite byzantin. Il en est de même pour la musique française et la littérature en langue d’oïl dans l’Europe de l’ouest jusqu’aux confins de l’Europe de l’est et de la partie orientale du bassin méditerranéen. A la fin du Moyen Âge, la papauté d’Avignon ou les conciles de Bâle et de Constance ont contribué à la diffusion du mouvement humaniste et des nouvelles formes d’expression artistiques dans tout l’espace européen. L’usage des armoiries, qui vient à l’origine des croisades au proche Orient, a été rapidement adopté par les monarques arabo-musulmans, car les armoiries véhiculaient avec force les valeurs d’un idéal chevaleresque partagé. De son côté, le théâtre religieux occidental et les représentations d’origine italienne de l’histoire de la Passion, images de l’humanité et de la piété du fils de Dieu, ont été adoptés en Orient à la fin du Moyen Âge, à un moment où le nombre de chrétiens en Grèce et en Orient ne cesse d’augmenter.

Le but de ce cours de formation doctorale est d’explorer sous différents aspects les multiples formes d’interaction entre différentes cultures au Moyen Âge. Ce thème s’articulera autour de 4 points forts. Le premier point consistera à explorer les contacts et les types d’échanges entre les cultures occidentales du Moyen Âge et le monde extérieur. L’accent sera mis sur la méditerranée en tant qu’espace d’interaction entre le monde Latin, Byzantin, Oriental chrétien (Arménien, Syrien, Copte, Ethiopien) et le monde Musulman. En tenant compte du fait que les liens du monde musulman avec l’Asie centrale et l’extrême Orient se sont resserrés au 13e et 14e siècle à l’époque de la pax mongolica. Le deuxième point prendra en considérationles relations interculturellesà l’intérieur de l’Europe occidentale. A l’aide d’exemples pertinents on cherchera à comprendre dans quelle mesure les compétences littéraires et philosophiques des différentes régions sont entrées en interaction. Le troisième point fort se consacrera au thème des modèles et de leur mode d’appropriation. Comment et sur la base de quelle motivation ces objets, textes et formes, perçus en tant qu’éléments décisifs des différentes traditions, sont-ils entrés en interaction ? Dans quel contexte ont-ils été imités et retransmis? Le quatrième point s’interrogera sur les moyens de propagation des modèles les plus prisés et les plus reconnus. Quel a été le rôle de la circulation des livres / des manuscrits, des objets d’art et des artistes à travers les voies de communication maritimes et terrestres dans le développement des différentes cultures européennes.

Le cours de formation doctorale se veut comme une occasion extraordinaire de réfléchir à ces différents thèmes. Etudiants et professeurs tenteront de trouver ensemble des réponses aux questions soulevées et s’efforceront de définir de nouveaux thèmes issus des différents domaines.

 
 
 
 
 
5iÈme cours de formation doctorale de l’Institut d’Études MÉdiÉvales en collaboration avec le Centre d’Études mÉdiÉvales et post-mÉdiÉvales de Lausanne