Rituels et mises en scène au Moyen Âge
Cérémonies, symboles, liturgies, rythmes, dramatisations, débats

La fonction du rituel et de la mise en scène au Moyen Âge est au cœur d’un faisceau d’interrogations : quels impacts exerçaient-ils sur la vie quotidienne ? Quels en étaient les objets, les formes, les significations et les enjeux ? Par quels médias (textes, images, gestes, actes) étaient-ils transmis ? Que sait-on des règles, des espaces, des temporalités et des rythmes qui les régissaient ? Autant de questionnements qui orientent à leur tour la réflexion autour de l’agencement des performances orales et gestuelles, des images qui en constituaient les supports, ainsi que des personnes et des procédures qui assuraient, ou menaçaient, la permanence de leur signification symbolique. Mais l’influence du rituel et de la mise en scène sur la création littéraire, iconographique et musicale, ainsi que leurs répercussions sur la vie sociale et religieuse, doivent aussi être mesurées en termes esthétiques et rhétoriques. Et encore, la question des disputes théoriques, notamment philosophiques, doit être abordée, en vue de déterminer dans quelle mesure elles se conformaient aux règles de la dramatisation littéraire.

Les rituels se définissent comme des actes signifiants répétitifs, créés par une convention largement acceptée et insérés dans un processus de régularisation. Exécutés en public, ils requièrent la participation d’acteurs, mais aussi de spectateurs, dont le regroupement constitue un facteur de cohésion sociale. En outre, ils s’intègrent à des cérémonies célébrées dans différents espaces, des cours royales et princières aux communes citadines, en passant les villes de province à l’occasion d’entrées solennelles ou de campagnes militaires. La plupart du temps, les rituels font l’objet de mises en scène destinées à attirer un public. À ce titre, ils sont susceptibles de nouer des relations sociales, qu’elles poursuivent un objectif pacificateur ou militant. Quant aux cérémonies pratiquées dans un contexte religieux, elles engagent les fidèles dans la relation à la transcendance et s’inscrivent au sein de liturgies particulières.
Les éléments dramatiques et musicaux sont des aspects primordiaux des rituels. Si ceux-ci sont souvent soumis à un rythme bien défini dont la beauté provient de la régularité et de l’harmonie, il arrive que ce rythme soit intentionnellement rompu pour laisser place à la création artistique. C’est ainsi que la musique occupe un rôle crucial dans les cérémonies, notamment les fêtes, pour contribuer à leur structuration temporelle en ajoutant une impulsion affective. Quant à la création de pièces de théâtre, espace de dramatisation des comportements humains, elle témoigne d’une grande liberté polyphonique dans le traitements des sujets les plus variés. La même polyphonie caractérise les textes théoriques, et notamment philosophiques, pour confronter des opinions divergentes en conférant une dimension dramatique au débat. En ce sens, la dramatisation devient une clef de compréhension de la condition humaine, et comporte également une importante dimension esthétique.

Le Moyen Âge est une période où la communication orale domine. Les interactions entre les hommes – contacts, coopérations, revendications, résistances – y sont marquées par des signes. Ainsi les gestes sont-ils les vecteurs essentiels du sens, à travers les mouvements corporels et les objets considérés et reçus comme des symboles. Les gestes sont dotés d’une raison, pour paraphraser le titre du livre de Jean-Claude Schmitt, La Raison des gestes (1990), qui témoigne des relations sociales et favorise leur interprétation. Il s’agit de créér et de combiner des symboles porteurs de sens, progressivement validés par des conventions et des consensus. Ainsi les médiévaux sont-ils en mesure de saisir la signification des objets conçus comme des symboles et intégrés, pour être efficaces, à des ensembles d’actions. Une fois interprétés, ces éléments deviennent productifs et constituent les ferments des rituels intégrés à la vie sociale, politique, juridique, artistique et religieuse.

Les disputes sur l’application des symboles et des actions ritualisés deviennent, elles aussi, partie intégrante des rituels et revêtent à ce titre un caractère auto-référentiel. En outre, textes et images sont produits durant le Moyen Âge pour stabiliser les pratiques rituelles. Ils servent de sources aux médiévistes. Éloigné-e-s des pratiques médiévales, les chercheuses et les chercheurs doivent fournir un effort d’interprétation pour reconstruire la signification de ces actions ritualisées, mais aussi celle des gestes et des objets qui les sous-tendent. En ce sens, l’analyse des rituels, des cérémonies et des symboles est orientée aussi bien vers l’herméneutique que vers la performance.

Les sujets évoqués ici sollicitent la collaboration de scientifiques de plusieurs disciplines centrées sur le Moyen Âge : l’histoire, l’histoire du droit, l’histoire de l’art, la musicologie, les langues et les littératures –latine, française, italienne, allemande, anglaise, hispanique, etc. – la philosophie, la science de la liturgie (théologie). Les doctorant-e-s travaillant dans ces disciplines sont invité-e-s à présenter leurs sujets de recherche et à les soumettre à la discussion.

L’objectif de cette manifestation de promouvoir les jeunes chercheuses et chercheurs dans le domaine des sciences orientées sur le Moyen Âge.  Le cours vise à améliorer leurs compétences dans le domaine de la recherche et à favoriser la collaboration entre les différentes disciplines.

L’école doctorale est organisée par l’Institut d’études médiévales de l’Université de Fribourg et le Programme doctoral en études médiévales de la CUSO (Conférences des universités de Suisse Occidentale), en collaboration avec les Centres d’études médiévales de Suisse. Les doctorant-e-s sont invité-e-s à y participer quelle que soit leur langue (française, allemande, italienne, anglaise). Le nombre de participants est d’environ 12 personnes. Les frais de voyage, d’hébergement et de repas seront pris en charge. Les doctorant-e-s qui ne travaillent pas dans une institution suisse peuvent également participer à l’école doctorale, mais à leurs frais.

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